association nationale des parents d’enfants aveugles ou malvoyants, avec ou sans handicaps associés

L’interview de Christine Lyneel : lisez des histoires…

Mar 1, 2022 | 0 commentaires

Christine a consacré sa carrière à accompagner les enfants aveugles et malvoyants.Tout d’abord ergothérapeute, elle a enrichi son parcours de nombreuses compétences. Elle a été une des animatrices du projet Prélecture, langage et Représentations dont nous nous faisons l’écho régulièrement sur ce blog. Elle a accepté de se prêter au jeu des questions tout comme Régine Michel, la coordinatrice de ce projet pour soutenir les enfants déficients visuels dans l’accès à l’écrit et au livre.

 

Pouvez-vous présenter ?

Je m’appelle Christine Lyneel, je suis désormais à la retraite. Je travaillais auparavant à la Fédération des aveugles de France Languedoc Roussillon à Montpellier dans les services SAFEP/SAAAIS. J’ai occupé le poste d’ergothérapeute / Instructrice AVJ (Activités de la vie journalière) pendant 35 ans. En 1984, quand j’ai intégré l’équipe de l’Union des aveugles, il n’y avait que peu de littérature, témoignages sur l’application de mon métier sur la déficience visuelle. Je me suis donc enrichie à partir du magazine «Comme les autres» de l’association ANPEA, du témoignage des parents, des personnes déficientes visuelles elles-mêmes et plus tard du site Enfant Aveugle. J’ai ensuite assuré des cours sur la déficience visuelle au sein de l’école d’ergothérapie de Montpellier ainsi qu’à l’école d’infirmières et d’aides soignantes.

 

Parlez-nous du projet Pré-lecture, Langage, Représentations (PLR) pour les enfants déficients visuels…Panneau de présentation du projet Prélecture, langage, représentations (dit PLR) pour les enfants aveugles ou malvoyants

La lecture n’était pas mon cœur de métier. Je travaillais plus sur l’affinement du toucher, la stimulation des autres sens et l’acquisition du geste fonctionnel. Mais La FAF a mis en place des formations qui m’ont été proposées. J’ai donc suivi cette formation animée par Régine Michel autour de l’adaptation d’albums jeunesse et de la conception d’une malle associée.
Ensuite, chaque année, au sein des services de la FAF LR, aussi bien sur l’antenne de Montpellier que de Béziers, nous avons mis en place des ateliers à partir des deux malles qu’on avait acquises: Colin Coton et le panier de Lulu. C’était un projet d’équipe, nous étions deux à porter le projet une secrétaire d’adaptation et moi, ainsi que d’autres professionnels qui intervenaient ponctuellement. La secrétaire d’adaptation avait un don manuel et a fait beaucoup d’adaptations pour favoriser et enrichir  les ateliers : livre géant, maquette…
C’était de même dans tous les autres lieux qui avaient des malles, chaque équipe apportait des adaptations supplémentaires en fonction des enfants accueillis et de la sensibilité des professionnels présents.Maquette adaptée pour enfants aveugles ou malvoyants de l'album le panier de lulu
Par exemple, chez nous, une maquette a été créée avec chaque étape du récit du Panier de Lulu pour que chaque enfant puisse rejouer et matérialiser l’histoire de l’album. Nous l’avons aussi fait en grandeur nature. Chaque enfant prenait un panier et allait faire les courses comme Lulu. Cela permettait aux enfants de tester l’histoire à plusieurs échelles, et de faire le chemin vers la représentation tactile d’une situation qui tient sur une page du livre adapté. L’illustration tactile demande de sortir de la représentation voyante pour essayer de penser comme une personne déficiente visuelle.

A la fin des ateliers, nous organisions une visite de la médiathèque avec les parents et les enfants pour leur donner les ressources de proximité, et qu’ils puissent continuer à aller vers les livres sans nous. Cela incitait les parents à continuer à lire avec leurs enfants.

Autour du livre «le vent m’a pris», nous avons conçu en autonomie une nouvelle malle. Pour conclure le cycle avec les enfants, nous avions fait un atelier sur toute la journée avec les parents. Les parents, la famille élargie sont essentiels dans ce lien vers la lecture. Nous avions fini la journée par une réalisation d’un petit livre tactile.

 

Une anecdote à partager autour de ces actions en direction des enfants aveugles ou malvoyants et le livre?


Lors des ateliers, nous fabriquions un livre tactile avec les parents. Il y avait un enfant avec son papa. C’est lui qui lisait les énoncés de l’histoire en braille à son papa pour coller au bon endroit le texte. Le papa réalisait que son fils avait une compétence qu’il n’avait pas lui-même. La situation était inversée, c’est l’enfant « en situation de handicap » qui savait et qui venait en aide à son parent. C’était une chouette expérience avec un enfant très fier et un papa tout autant.

 

Quels enseignements avez-vous tiré de ce travail autour de la lecture pour les enfants déficients visuels ?

Le livre tactile adapté est aussi un outil à partager avec d’autres enfants voyants ou avec ses parents. Il est intéressant de conserver des illustrations qui correspondent au code des voyants pour enrichir les concepts et représentations des non-voyants. Mais Il est nécessaire de toujours s’appuyer sur une explication, ex : un carré surmonté d’un triangle pour la maison. Cela les amène à décrypter les illustrations, et c’est un plus pour le futur où ils seront de plus en plus amenés à analyser des images en relief.
Un livre se vit à deux, à plusieurs. Le plaisir de l’image, seulement visuelle, doit être conservé pour ce partage avec l’enfant, sa fratrie, ses copains. La convivialité doit être gardée. La lecture doit être un moment agréable et partagé. A mon sens, il faut trouver un juste milieu entre le trop épuré uniquement tactile, et les codes des voyants.

 

Un conseil à retenir pour les professionnels qui se lancent dans l’aventure des mots avec des enfants qui voient peu ou pas du tout ?


Foncez ! Les livres sont indispensables.
Les outils que nous avions mis en place lors du projet PLR peuvent être des exemples à exploités et à utiliser. Ce sont des supports intéressants car il y a déjà tout une base de travail exploitable avec des enfants. Mais il est intéressant de ne pas rester figé à cette trame et de l’adapter à son environnement et à sa propre sensibilité. L’imagination, la créativité sont les maîtres mots.

Il ne faut pas oublier de mutualiser les recherches, les expériences, toutes les nouvelles idées sont à partager et à mettre en commun, afin d’enrichir notre mission auprès des enfants déficients visuels.

 

et pour les parents ?

Lisez des histoires à vos enfants, et glissez leurs doigts sur des illustrations tactiles… Il faut aussi qu’ils promènent leurs mains sur du braille pour que quand ils seront en âge de l’apprendre, le code leur soit familier. Il sera peut-être leur code futur d’apprentissage et de communication.
Le toucher leur permet d’apprendre, il rétablit une égalité des chances pour tous ces enfants grâce au pouvoir de leurs doigts

 

Les ressources

L’interview de Régine Michel
La Fédération des Aveugles de France – Languedoc Roussillon
Site Enfant Aveugle

 

Les livres adaptés

Rascal. Le vent m’a pris. Editions Pastel. 2004.
Kris Di Giacomo. Le panier de lulu. Editions Frimousse. 2008.
Jeanne Willis, Tony Ross. Colin Coton. Seuil jeunesse. 2007.

 

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