association nationale des parents d’enfants aveugles ou malvoyants, avec ou sans handicaps associés
La folie manga accessible!

La folie manga accessible!

Logo Mangomics AccessUne association au service de l’adaptation des mangas et des comics pour les personnes empêchées de lire.

L’association Mangomics-Access existe depuis une dizaine d’années et s’appelait auparavant les amis des manga. L’association élargit son champ d’action aux comics en 2019 et change de nom.

L’histoire de l’association commence par une histoire d’amour: quand une passionnée de mangas rencontre son futur époux qui est  non-voyant. Elle souhaite lui partager cette passion, et c’est le début d’une aventure qui va se concrétiser par une association, de nombreux bénévoles tous passionnés, et de nombreux titres accessibles sur le site de l’association: https://mangomics-access.fr/

L’adaptation:

Les bénévoles font un travail qui se rapproche de l’audiodescription pour décrire le visuel de chaque planche et cases. Le visuel dans les mangas est important, et constitue l’essentiel de l’évolution de l’histoire il faut pouvoir rendre visible à la personne qui ne voit pas ou mal tous ces codes par une description textuelle. Une attention particulière est donnée au rendu des visages et aux émotions qui transparaissent.
Toutes les adaptations sont disponibles en format numérique et sont téléchargeables sur le site. Les textes sont  testés par des bêta-lecteurs voyants, malvoyants et aveugles . Certaines adaptations bénéficient aussi d’une version audio, souvent en voix humaine.

Comment en bénéficier ?

Il n’y a pas d’adhésion, les téléchargements sont gratuits.
Un formulaire est disponible en ligne: https://mangomics-access.fr/register/
Il faut prévoir de fournir un justificatif qui prouve la déficience visuelle ou le fait d’être empêchée de lire.

Quel manga lire ?

Les mangas disponibles peuvent se commencer en général à partir de l’adolescence.

Une exception pour les plus jeunes:Page de couverture du manga Chi

Chi, une vie de chat de Konami Kanata.
Une série qui conte l’histoire d’un chaton qui se perd et à qui il va arriver plein d’aventures…
Une histoire à double lecture où parents et enfants peuvent s’y retrouver.

La série la plus vendue au monde:

Elle cartonne auprès des collégiens et même des plus grands: One Piece de Elichiro Oda.Page de couverture du manga One Piece
Dans un monde imaginaire, où règnent les océans et les pirates, le héros devenu homme « caoutchouc » rêve de retrouver le « One piece » mystérieux trésor évoqué par un homme légendaire au moment de sa mort.

Un incontournable:

Fullmetal Alchemist de Hiromu Arakawa
Le mot de la présidente de l’association : « J’approche de la fin de son adaptation et je dois dire que je l’apprécie encore plus en voyant la qualité du dessin et de l’histoire ! « 

 

Pourquoi lire un manga ?

Pour découvrir tout un univers, pour approcher la culture nippone, pour faire travailler son imaginaire, pour partager les mêmes sujets de conversation que les copains…
Lire un manga c’est aussi découvrir une forme de lecture, un peu transgressive, qui sort des propositions faites dans le cadre scolaire: une bonne porte d’entrée pour ceux qui n’aime pas (encore?!) lire.

 

 

 

 

 

 

« Les émotions au bout des petits doigts »

« Les émotions au bout des petits doigts »

Livre de Claire Zuchelli-Romer aux éditions Milan

Couverture du livre

Voici un livre sorti en 2019 découvert par hasard qui peut se trouver dans toutes les librairies ou bibliothèques…

L’autrice écrit des livres jeunesse mais est aussi médecin et maman, son approche autour de la motricité fine dans le livre s’en ressent.
Le texte est court et simple et associe une émotion, à un mouvement des doigts et à une illustration en encoche dans la page cartonnée.

 

Page intérieureVos enfants déficients visuels pourront prendre plaisir à découvrir les formes, en leur lisant, vous pouvez échanger autour des émotions et de la façon de les exprimer, ressentir à travers un mouvement des doigts et de la main. Les couleurs des illustrations ne font pas sens, c’est le relief en creux de la forme qui apporte l’illustration, c’est donc tout à fait adapté à un enfant qui ne voit pas ou ne voit pas bien.
Cela peut lancer un vrai moment de jeu et d’échanges autour des émotions entre vous et votre enfant et qui peut se lire avec les tous les autres à l’école ou en famille.

 

Attention toutefois, le contraste de l’écriture (police de caractères blanche sur fond de couleur) ne permettra pas toujours aux enfants malvoyants de discerner les lettres.

Le livre est cartonné, les pages sont épaisses et rigides, les plus petits le trouveront peut-être un peu grand et lourd. Mais dès 10/12 mois, ils prendront plaisir à le manipuler, pas de risques de déchirures de pages et à découvrir l’objet livre.

Deux autres livres de cette autrice reprennent le même principe: « les petits doigts sur le chemin de l’école« , et « les petits doigts qui dansent » toujours chez Milan.
Vous les avez testés ?  Vous avez des titres de livres à partager avec les autres parents ?
N’hésitez pas à envoyer les références aronzy@anpea.gapas.org

 

Les livres audio de la médiathèque Eole

Les livres audio de la médiathèque Eole

Logo de la médiathèque Eole Eole est la vitrine numérique de la médiathèque de l’association Valentin Haüy. Cette association qui existe depuis 1889 œuvre pour les droits des déficients visuels, leur autonomie, et  propose de nombreuses actions et activités.

Une médiathèque a été déployée au départ essentiellement en direction des adultes. Mais elle propose désormais toute une offre en direction des enfants de livres audio.

Logo de la médiathèque Valentin Haüy

 

Les livres audio peuvent aussi être une très bonne porte d’entrée dans la lecture pour tous les enfants!

Ces livres audio sont au format Daisy. Ce format a été conçu spécifiquement pour les personnes déficientes visuelles. Il permet de nombreuses options qui peuvent se révéler bien utiles: choisir la vitesse de lecture, reprendre sa lecture là où l’on s’est arrêté, positionner des marques-pages etc.Logo du format Daisy
Ces livres peuvent se lire sur n’importe quel support permettant le MP3, mais pour bénéficier des options spécifiques soit un lecteur spécifique ou une application dédiée installée sur son téléphone sont nécessaires.

Bon à savoir : les bibliothèques proposent souvent des lecteurs daisy à prêter.

 

Comment se procurer ces livres audio ?

Vous pouvez vous inscrire en ligne sur le site de la médiathèque. Une fois inscrit, vous pourrez directement télécharger les ouvrages depuis le catalogue.

Vous pouvez aussi vous rendre dans une bibliothèque partenaire, qui pourra vous prêter le support audio directement ou vous aider dans la démarche pour télécharger.

Quels sont les titres disponibles ?

Tous les titres disponibles sont listés dans le catalogue « onglet jeunesse ».
Il est possible de faire une recherche par tranche d’âge ou de sélectionner si votre loulou préfère une voix de synthèse ou une voix humaine.
Vous pouvez sélectionner la recherche avancée si vous avez une demande plus précise de titre, ou de genre.

Lire ensemble :

La médiathèque a un partenariat depuis 8 ans avec le prix littéraire « Les incorruptibles ». Ce prix littéraire  décerné par les jeunes lecteurs a pour objectif depuis 32 ans de donner le goût de lire à tous les enfants.
Ce partenariat permet à tous les enfants aveugles ou malvoyants à partir du CE1 de participer avec leur classe à cette aventure.

Logo du prix des incorruptibles

Vidéo: Illustration tactile et expérience haptique

En avril 2020, en plein premier confinement, Danyelle Valente, maître de conférence à l’université Lumière Lyon II et chercheuse associée à l’université de Genève, sur la chaîne youtube de la revue Anae (Approche neuropsychologique des apprentissages chez l’enfant). Cette vidéo d’un peu plus de 6 minutes propose aux parents des pistes de jeux autour de l’exploration sensorielle pour les enfants aveugles et malvoyants.

Cette vidéo est tout particulièrement intéressante car elle explique ce qu’est le sens haptique, qui est en oeuvre, chez tous mais particulièrement utile pour les enfants qui n’ont pas la vue pour explorer le monde et les objets. Le sens haptique c’est la perception des différentes propriétés d’un objet par une exploration manuelle.
C’est ce sens qui est à l’oeuvre quand votre enfant explore une illustration à toucher.

Danyelle Valente travaille tout particulièrement avec la maison d’édition Les doigts qui rêvent pour la conception des illustrations tactiles qui sont à la croisée des domaines de recherche du design et de la psychologie. Un exemple d’un livre vous est donné à la fin de la vidéo.

Quelles activités ludo-éducatives tactiles proposer aux enfants déficients visuels et voyants ? par Danyelle Valente

Jeanne et Jessica: une bibliothèque pleine à craquer…

Jeanne et Jessica: une bibliothèque pleine à craquer…

Jessica est administratrice au sein de notre association l’ANPEA, elle a accepté avec sa fille Jeanne de nous parler de leur lien à la lecture. Jeanne a 8 ans et a perdu la vue à l’âge de 2 ans. Elle est aujourd’hui une grande « dévoreuse de livres ».Jeanne, 8 ans et aveugle est en train de lire un livre en braille

 

Témoignage de Jeanne :

J’adore lire. Quand je lis un livre je m’imagine dans la peau des personnages et du coup ça me fait vivre plein d’aventures. Ce que je préfère ce sont les livres drôles et d’aventures. Je viens de lire « Les enfants de la pleine lune » car je suis abonnée à j’aime lire max et j’ai beaucoup aimé !

Je préfère lire les livres sur papier que sur ordinateur parce que ça fait moins de bruit. J’adore aussi les histoires audios. Je crois que je pourrais écouter des histoires toute la journée.

Couverture du livre Bébé Lézard bébé bizarreEn grandissant j’ai moins besoin de lire des livres à toucher, enfin comme mon grand frère quoi ! Il ne lit plus beaucoup de livres illustrés ! Eh bien moi c’est pareil ! Par contre j’ai toujours mes livres de petite fille parce que quand ma cousine de 3 ans vient à la maison et bien je peux lui raconter les histoires que j’ai préférées ! La dernière fois je lui ai lu «bébé lézard, bébé bizarre», elle a beaucoup aimé toucher les différentes peaux d’animaux.

 

 

Témoignage de Jessica, sa maman :

Maman de deux enfants, la lecture a une place importante dans notre quotidien. Ma fille Jeanne a seulement quelques mois lorsque je lui conte son premier livre. Nous découvrons ensemble les jolies illustrations de la littérature enfantine. Lorsqu’elle perd la vue à l’âge de 2 ans je me trouve démunie face à ces ouvrages tellement visuels que l’on propose aux jeunes enfants.

Comment Jeanne peut-elle avoir accès à la lecture ? Peut-elle avoir une bibliothèque aussi fournie que son frère ainé ? Avec quels types de livres puis-je satisfaire sa curiosité ? Bien sûr je peux toujours lui lire les livres pour enfants classiques mais ce n’est pas suffisant….

Couverture du livre Petit duvetIl faut qu’elle découvre autrement. Après quelques recherches je commande des livres tactiles chez des éditeurs spécialisés. Le premier livre à toucher que nous recevions est « Petit duvet », l’histoire d’un poussin qui cherche sa maman. Jeanne est tout de suite sous le charme de ce bébé animal et adore danser aux rythmes des comptines du CD accompagnant l’ouvrage. Dès lors je comprends que es illustrations visuelles auxquelles elle n’a plus accès seront compensées par les images tactiles, les bandes sonores et bien sûr ces moments de lecture partagée !

Au fil de ces dernières années j’ai essayé de lui proposer le maximum d’ouvrages pour qu’elle puisse avoir le choix : livres tactiles, CD audios, abonnements à des revues… Aujourd’hui âgée de 8 ans la lecture a une place considérable dans son emploi du temps. Elle lit beaucoup de livres en autonomie mais apprécie également quand on lui lit une histoire. En ce moment « Le clan des chats » raconté par son papa n’a plus de secret pour elle !

Et je peux vous garantir que sa bibliothèque est pleine à craquer !

L’interview de Régine Michel Stevens: La lecture, un trésor pour la vie!

Régine Michel Stevens a consacré de longues et riches années à travailler sur l’accès à la lecture et à l’écrit pour les enfants déficients visuels. Elle a été à l’origine de la maison d’édition Benjamins Média, puis a coordonné le projet Prélecture / Langage / représentations. Elle a accepté de répondre à quelques questions… Merci à elle!

 

Pouvez-vous vous présenter ?

Photo de Régine Michel Stevens

Je suis née à Bruxelles en 1957. J’ai d’abord étudié les langues anciennes (latin et grec), cela m’a passionnée et dès 13 ans ma quête était de découvrir l’origine des mots(!) Si je vous en parle c’est que cela ne m’a jamais quittée et a orienté toute ma vie professionnelle, même si aujourd’hui je formulerais plutôt la question qui me meut comme «Qu’est-ce qui fait langage
Après un détour par les sciences aux États-Unis, je me suis formée à la création radiophonique. En 1987, avec une équipe pluridisciplinaire, j’ai fondé l’association Benjamins Media, un lieu dédié à la création sonore pour les jeunes enfants, voulant relier le développement de l’écoute et les prémices de la lecture.

 

Comment en êtes-vous venue à vous intéresser à la lecture pour les enfants déficients visuels ?

A 23 ans, j’ai rencontré celui qui deviendrait mon époux, un homme joyeux, dynamique, et aveugle de naissance. Les questions qui émanaient de nos perceptions sensorielles différentes nous ont toujours nourris. Moi, je continuais à  me passionner pour le développement de l’écoute et l’éveil au monde des récits chez les enfants. Milieu des années 80 c’était la popularisation du concept de « lire avant de savoir lire», porté de façon assez avant-gardiste par les équipes de Bayard Presse Jeune avec la création de Popi. En même temps, je découvrais à la maison l’impossibilité pour une jeune papa aveugle de trouver des outils pour lire des histoires attrayantes à ses jeunes enfants (à l’époque on trouvait au mieux les Fables de  La Fontaine ou Le  Petit Prince…rien de  très adaptés à lire à  des petits ! ).

Grâce à plusieurs rencontres, j’ai pu inaugurer à Benjamins Media le développement d’une collection pour les 4-7 ans autour d’un triple support : livre illustré, transcription braille, cassette (puis CD). Je veillais à ce que le support sonore soit très travaillé et esthétique, (qualité des voix, bruitages, choix des musiques) dans le but d’amener des images à l’oreille des enfants qui ne pouvaient voir les illustrations et de susciter une écoute active. Ce triple support pouvait être utilisé en famille/fratrie, un parent brailliste pouvait lire à son enfant, voyant ou non.
Un enfant aveugle pouvait, avant de savoir lire, profiter d’un enregistrement audio vraiment pensé pour lui. Cet éveil de l’écoute stimule son attention au récit oral structuré, précurseur des apprentissages de la lecture. Lorsqu’il apprend à lire/écrire, (en noir ou en braille) l’enfant a ce bagage d’une collection d’histoires déjà familières. Grâce à un accord avec Bayard Presse nous avons pu adapter au départ une série des Belles Histoires de Pomme d’Api – accord non commercial, prévu pour un nombre limité d’histoires et une diffusion confidentielle auprès des familles concernées.
Puis les organismes qui nous subventionnaient nous ont conseillé d’aller vers l’auto financement, en vendant aussi au public tout venant. Cela nécessitait juridiquement  de travailler à partir d’inédits, donc de devenir éditeur. Nous l’avons fait à partir de 1998, et  c’était pour une si petite association embrasser un lourd métier : mener d’un bout à l’autre  la totalité de la création de chaque livre, avec une énorme part requise par le visuel et le juridique. Beaucoup de disponibilité que j’aurais préféré consacrer à l’évolution  d’un support encore plus adapté aux enfants déficients visuels.

 

Vous avez été à l’origine du projet PLR, pouvez-vous nous le présenter ?

En échangeant avec les parents, j’ai toujours été stimulée à améliorer la qualité et la pertinence de ce que je pouvais proposer. En 2006, j’ai lu le rapport très étayé de l’Institut Nazareth Louis Braille (Québec) sur Le développement de la conscience de l’écrit  chez l’enfant aveugle de 0 à 5 ans. J’y ai vu confirmées nombre de mes intuitions. Par ailleurs, j’avais de plus en plus conscience qu’il ne suffisait pas de donner à lire un texte à un enfant déficient visuel pour le lui rendre accessible. Les albums fourmillent d’expressions qui font sens pour des enfants voyants : le texte est souvent explicité par une illustration visuelle riche et nombre de concepts évoqués leur sont familiers, grâce à tout ce qu’ils ont vu, dans la vie, dans les livres, à la télé… Mais si je lis à un enfant déficient visuel « L’oiseau  a survolé la rivière », ou « Tricoter une écharpe pour une girafe, c’est long », ou  « Le lapin était caché par le tas de bûches », je peux me demander si cet enfant a eu l’occasion de construire des représentations suffisantes de ces situations pour que ces phrases lui parlent et fassent sens.  A-t-il déjà touché un oiseau, que sait-il de son vol, à quoi ressemble une girafe, comment le lapin est-il caché par le tas de bûches (notion très visuelle…) ?

En 2008, la Fédération des Aveugles de France voulait développer son action dans le domaine éducatif. Je lui ai proposé un vaste projet pour les enfants pré-lecteurs ou lecteurs débutants, qui prenne en compte l’éveil de la conscience de l’écrit mais aussi la construction des représentations. Nous avons  sollicité toutes les MDPH et Conseils Généraux pour recenser l’existant  dans chaque département. Le résultat fut clair : il y avait toutes les raisons de se mettre au travail. La FAF m’a alors confié la conception et le développement du projet Pré-lecture/langage/représentations. J’ai dès lors suscité et coordonné un travail pluridisciplinaire (psychomotriciennes, orthophonistes, éducatrices de jeunes enfants, psychologues, orthoptistes…) en partenariat  avec plusieurs services spécialisés.

Nous avons commencé par créer, autour de textes de littérature enfantine, des outils: les mallettes pédagogiques, conçues pour une progression dans l’univers du récit, à travers sa lecture, mais aussi à travers l’exploration d’objets, des mises en situations, écoutes et interrogation du sens du texte, discrimination d’univers sonores,… à travers une série d’ateliers, d’abord expérimentaux, observés, filmés, puis reproductibles pour d’autres groupes. Le projet comportait un volet de mutualisation à travers des journées d’études  et un mini site internet. Il y a eu aussi un volet recherche, mettant  en lien les acteurs du terrain et des chercheurs en psycholinguistique, en psychologie du développement. La recherche-action menée avec le CTRDV de Villeurbanne et  l’Université de Lyon  a été particulièrement intéressante.

 

Une anecdote à partager ? Un moment marquant dans ce projet ?

A Marseille, un temps d’observation avec une toute petite fille totalement aveugle. Elle a moins de 4 ans, calme, attentive, réservée.  Je lui fais écouter un enregistrement de sons produits par divers objets (flûte, voiture à friction, clochette, ciseaux…) et je lui propose de retrouver chaque fois dans une boite l’objet correspondant. Tout à coup, elle tourne la tête, oriente son audition autrement et me dit : « Régine, écoute : une ambulance ! » En effet, en contrebas dans la ville on entendait la sirène d’une ambulance.  Je la félicite pour avoir repéré ce bruit. Puis  je laisse un petit silence avant de reprendre l’exercice. Mais  dans ce silence elle demande : « Régine, c’est quoi une ambulance ? »

J’ai trouvé cela très touchant :  ce retour sur une identification. Cette petite fille a pu exprimer qu’elle savait et qu’elle ne savait pas. Sans doute avait-elle déjà entendu cette sirène et lui avait-on dit « C’est une ambulance », mais ici, après un temps d’arrêt, elle se rend compte qu’elle sait le nom de quelque chose qu’elle ne connaît pas. Alors, à mon tour de me questionner : sans image à lui faire voir, quelles informations vais-je choisir de lui donner pour l’aider à construire et enrichir sa représentation de l’ambulance (à quoi ça ressemble, à quoi ça sert, …) sans la surcharger ? Il y a tant d’angles possibles pour définir un mot !

Sa question est pour nous une vraie leçon de pédagogie.

Quels enseignements avez-vous tiré de ce travail autour de la lecture pour les enfants aveugles et malvoyants ?

J’ai eu la chance d’observer de nombreux ateliers, d’enregistrer les retours de récits des enfants…

Cela m’a confirmé combien il est vital pour les enfants de pouvoir se projeter dans des récits.

J’ai vu les fruits de la bienveillance : j’ai vu beaucoup d’enfants se transformer au fil de ces ateliers, exprimer de plus en plus de curiosité, se risquer davantage dans les échanges. Selon une très belle formulation de L. Cicalini, psychomotricienne à Marseille, nous pouvions voir se développer  dans le groupe « la qualité d’attente de l’expression de l’autre ».

A la fin de la série d’ateliers, chaque enfant emportait, adapté à sa lecture/vision le livre de l’histoire explorée ensemble pendant plusieurs mois. J’étais chaque fois frappée par la joie ineffable procurée par ce livre, fierté et promesse d’échanges dans sa famille, dans ses cercles de vie.

 

Un conseil à retenir pour les professionnels qui se lancent dans l’aventure ?

Je repartirais de  la situation de la petite fille évoquée  plus haut.

Imaginez combien en classe/groupe,  au milieu de gens qui voient, il est difficile à un enfant déficient visuel d’interroger sur quelque chose que tout le monde semble connaître!
Écoutons ces enfants, valorisons leurs questions. Apprenons à  parler les langages de la texture, de la forme, de la sonorité, de la localisation précise. Donnons à explorer quand c’est possible, prenons le temps de leur donner la parole…
C’est une attitude d’une grande exigence, qui nous demande de nous décaler de nos façons habituelles de voir, décrire, désigner…

 

et pour les parents ?

Lisez des histoires à votre enfant, qu’il ne sache pas encore lire ou qu’il sache déjà lire tout seul, lisez-lui encore, écoutez ses réactions, partagez avec lui le plaisir de ces moments où vous êtes là pour lui.

Vous lui offrez un trésor pour la vie !

Retrouvez l’interview de Christine Lyneel, l’une des animatrices du projet PLR, Prélecture-langage-Représentations.