association nationale des parents d’enfants aveugles ou malvoyants, avec ou sans handicaps associés
Les sons des papiers racontent des histoires

Les sons des papiers racontent des histoires

Laura Cattabianchi a créé un projet autour des sons des papiers. De ces sons naissent des histoires, de ces histoires elle en fait des livres. Son parcours atypique et riche l’a amené à cette proposition sonore et tactile qui prend le nom de Livre-à-sons et qui propose des livres à lire, à manipuler, à écouter et à créer ensemble.
Voilà des objets livres qui sortent de l’ordinaire et qui promettent de belles découvertes pour les enfants aveugles ou malvoyants…
Laura nous en dit plus…

 

Peut-on raconter des histoires avec les sons des papiers ?

C’est à partir de cette question que commence ma recherche autour des sonorités des différents types de papier, sous le titre de Livre-à-sons.
À travers la manipulation, le simple geste ou la transformation, j’explore le pouvoir évocateur et le potentiel narratif de ces sons qui amènent à la création de pensées, poésies et véritables récits sonores tactiles.

Cette recherche, commencée en 2019, se décline sur quatre axes : l’investigation sur les sons des papiers et des matériaux, la création de livres sonores tactiles, l’expérimentation avec les enfants et les adultes lors d’ateliers et la réflexion sur la perception sensorielle à travers la création d’outils de médiation.

 

Qu’est-ce qu’un livre sonore tactile ?

Le livre sonore tactile peut prendre la forme d’une histoire, d’un poème ou d’une simple pensée. Il se raconte avec les sons produits à travers la manipulation de différents types de papiers et de matériaux.
Les pages composant les livres invitent les lecteurs et les lectrices à les toucher et à les écouter, à les manipuler avec des gestes simples ou complexes, à les transformer.
Les sons ainsi produits deviennent les agents narrateurs de l’histoire

Deux photos qui montrent l'intérieure des pages d'un livre-à-sons

 

Dans le bois, un exemple de livre sonore tactile

Dans le bois, nous accompagne dans une promenade qui se raconte à travers les sons de pages faites de matériaux sensibles qui reproduisent la symphonie du bois. Ici le vent se lève, quelques gouttes de pluie tombent, un oiseau s’envole : il est temps de rentrer à la maison. Demain, le bois réservera d’autres surprises au voyageur émerveillé. Un chemin à écouter et à toucher, page après page.

Intérieur d'une page du livre-à-sons

Avec l’objectif de proposer une narration accessible à tous et à toutes, le livre interroge les liens entre sons, textes, images et construction du récit.
La narration à travers les sons permet une grande liberté d’imagination, d’interprétation et d’identification. Pendant l’écoute du livre sonore tactile, les lecteurs et les lectrices sont invités à imaginer leur propre bois, un bois unique, qui prend forme et se dessine selon le vécu de chacun.

 

Les ateliers

Les livres sonores tactiles représentent un des points d’arrivée de la recherche autour des sons des papiers, mais sont aussi un point de départ essentiel dans la prise de contact avec les matériaux et la dimension sonore du récit lors des ateliers.
Je guide enfants et adultes en expérimentant la narration à travers les sons. Ils manipulent et écoutent les différents types de papiers et créent des illustrations sonores qui deviennent les éléments pour réaliser leur propre histoire sonore tactile.

Les ateliers s’adressent à un public à partir de 4 ans et ont lieu dans les écoles et les instituts, les bibliothèques et les centres culturels, dans les établissements médico-sociaux.

Trois photos montrent les ateliers livre-à-sons, un groupe d'enfants dans une classe, une personne ajoutant du braille à la perkins sur une page du livre, et des réalisations personnalisées d'enfants

 

Outils de médiation : le kit sonore tactile Esperienze e narrazioni

Le kit sonore tactile Esperienze e narrazioni (Expériences et narrations) naît en Italie dans le cadre du projet A spasso con le dita de la Fédération Nationale des Institutions pour les aveugles avec le soutien d’Enel Cuore Onlus.
Cet outil de médiation invite les enfants à explorer les papiers et leur potentiel narratif et à créer leur propre histoire sonore et tactile.

Le kit, accompagné par huit tutoriels qui guident les enfants et les enseignants tout au long du parcours, sera testé dans les écoles primaires de cinq villes italiennes.
Esperienze e narrazioni a été réalisé en collaboration avec Élodie Maïno et avec la supervision de Pietro Vecchiarelli et Stefano Alfano, responsables du secteur livre tactile de la Fédération Nationale Italienne des Institutions pour les aveugles.

Trois photos montrent le contenu du kit sonoro tattile

 

Si vous souhaitez en savoir plus sur le Livre-à-sons, Laura proposera un atelier dans le cadre de nos prochaines journées des familles d’enfants déficients visuels le 1er octobre 2022 dans les Hauts-de-France.

 

En savoir plus sur Laura Cattabianchi

Après avoir étudié l’histoire du cinéma en Italie, son pays natal, Laura Cattabianchi arrive en France en 2011 pour poursuivre ses études en documentation et médiation. Entre 2013 et 2020 elle travaille au sein de la Gaîté Lyrique, centre d’art numérique et musiques actuelles à Paris. C’est à la Gaîté Lyrique que commence son expérience de création d’ateliers en direction des adultes et des enfants, entre livres, sons et numérique.

A travers la création et l’expérimentation d’ateliers multimédia, Laura Cattabianchi met en valeur la complémentarité des médias (livres, sons, courts-métrages, création artistique sur tablette, etc.) et les différentes pratiques artistiques, afin de créer des moments de partage et de découverte.

Depuis 2020, elle poursuit son activité en indépendante en alternant la création artistique, les ateliers et la formation professionnelle autour de la médiation et des supports numériques. Passionnée par les histoires, Laura Cattabianchi s’intéresse au potentiel narratif des sons créés à travers la manipulation de différents types de papiers et matériaux.

Elle poursuit cette recherche artistique autour du Livre-à-sons avec la création de livres sonores tactiles, l’expérimentation avec enfants et adultes lors des ateliers et la conception d’outils de médiation.

Pour la contacter:
Mail laura@livreasons.com
Instagram Livre-à-sons
Linkedin Laura Cattabianchi
Site: livreasons.com

Logo du projet Livre-à-sons

Des livres jeunesse en grands caractères

Des livres jeunesse en grands caractères

Logo de la librairie des Grands caractèresDepuis janvier 2021, la librairie des Grands Caractères a ouvert ses portes dans le 5ème arrondissement de Paris.

Cette ouverture, fruit d’une collaboration entre les éditions « Voir de près » et à « Vue d’oeil » offre aux personnes malvoyantes le plaisir de flâner dans une librairie, de pouvoir feuilleter, et de choisir un livre avec les conseils des libraires.

L’édition en grands caractères s’est longtemps cantonnée pour le public qui perd la vue avec des choix éditoriaux qui visent un public adulte. Mais ce n’est plus le cas, et vous trouverez dans la librairie une collection de livres jeunesse qui va s’étoffer d’année en année.
Vous pourrez trouver la liste des ouvrages sur le site. Un catalogue papier est aussi édité si vous habitez loin pour faire un choix loin d’un écran.

Des critères exigeants

La librairie effectue une sélection sévère des livres pour que ceux apportent le meilleur confort de lecture possible.

Plusieurs critères sont pris en compte comme :

  • la police
  • l’interlignage
  • l’interlettrage
  • le papier
  • etc.

Tous ces critères qui permettent une accessibilité maximale pour les enfants malvoyants sont détaillés en ligne.

Quels livres ?

Le catalogue jeunesse a commencé à prendre forme récemment, revenez régulièrement voir les nouvelles éditions.

Les livres s’adressent aux enfants à partir de 6 ans, il est facile de faire une recherche par âge grâce aux filtres situés à gauche de l’écran.

Un fonds de livres classiques est à trouver dans la rubrique « Fantastiques classiques » permet de découvrir Balzac, Giono, Hemingway, Orwell…

Les libraires cherchent aussi à suivre l’actualité littéraire pour les enfants avec une déficience visuelle aient accès aux mêmes livres que les autres.
A découvrir une autre initiative de ces éditeurs pas comme les autres, un site pour guider les jeunes lecteurs et leurs parents dans la recherche de livres : le petit journal de la jeunesse en grands caractères .

Si la lecture numérique sur liseuse ou ordinateur est un vrai plus pour ces enfants qui pourront rapidement adapter un texte à leurs besoins. Mais grâce aux livres jeunesse en grands caractères, votre enfant malvoyant pourra ainsi découvrir le plaisir de la lecture papier, et la découverte de l’objet livre.

Bon à savoir : Le livre sera plus volumineux, mais il ne sera pas forcément plus lourd. Le choix du papier et de son grammage permet d’avoir un livre léger en main. Au-delà de 700 pages, le livre sera édité en deux volumes.

Vous habitez loin ?

Il est possible de commander en ligne.

Site de la librairie des grands caractères

Accès direct au catalogue de livre jeunesse:
Le catalogue vous permet une sélection par votre typographie préférée (Helvetica, Museo ou Luciole conçue spécifiquement pour les personnes malvoyantes), et la taille de la typographie qui est adaptée à votre enfant (16,18,20, 22).
Vous pouvez faire une simulation de ces différentes typographies sur la page d’accueil.

Vous êtes sur la région parisienne ?

Rendez vous sur place:
6 rue Laplace 75005 Paris
Ouvert du mercredi au samedi de 12h00 à 20h
Attention aux horaires d’été!Intérieur de la librairie des grands caractères

 

La librairie vient de remporter le prix des services innovants du grand prix Livres Hebdo des libraires 2022.

Félicitations à eux!

Caroline, Agathe et leurs moments autour de la lecture

Caroline, Agathe et leurs moments autour de la lecture

Agathe a 2 ans, et est aveugle depuis la naissance. Sa maman Caroline vous partage ici leurs moments lectures et leurs livres.

Agathe n’a que 2 ans et les moments lecture sont déjà très présents dans son quotidien, surtout avant le coucher.

Agathe n’aimait pas trop les livres non tactiles au départ, elle avait besoin de sensations, de textures. Donc nous avons cherché les livres classiques que nous pouvions adapter simplement avec des gommettes tactiles par exemple.Page intérieure d'un livre avec ajout de gommettes tactiles
Page intérieure d'un livre avec ajout de gommettes tactiles

Ou tout simplement des livres classiques qui sont déjà tactiles, comme les collections Milan que nous trouvons dans les librairies jeunesse ou même sur Vinted à moindre coût, ou les livres « ne pas toucher » qu’Agathe aime beaucoup avec leurs petits picots.

Page de couverture du livre Boucle d'or Chez Milan 4ème de couverture d'un livre de la collection      Page de couverture d'un livre Il ne faut pas toucher une araignée

 

Depuis qu’Agathe prend encore plus de plaisir à écouter et toucher les histoires, nous avons investi dans les livres « Mes Mains en Or » ou « Les Doigts qui rêvent », de bonnes idées cadeaux ! Tous les soirs, nous lisons « le livre des Je t’aime », sans exception !

Plusieurs livres tactiles

 

Elle apprécie également les livres musicaux avec les petits puces qu’elle peut actionner seule ! Nous y avions ajouté des petites pastilles quand elle était plus petite car elle avait du mal à trouver les puces toute seule, ce qui n’est plus le cas maintenant.

Tranches de livres musicauxPage intérieure d'un livre musical avec puce

Elle aime aussi les histoires comme Clic Clac des éditions Benjamins Média qu’elle écoute très attentivement.

Agathe a également un livre unique rien que pour elle (et sa cousine qui a le même) fabriquée par une de ses tatas qui a des talents de créatrice !  Un livre en tissus avec des scratchs, des boutons, des formes… C’est un livre qu’elle utilise plus pour jouer !

Page intérieure d'un livre personnalisé pour Agathe Page de couverture en tisus de livre personnalisé pour Agathe

C’est vraiment un plaisir de voir qu’elle apprécie ces moments de lecture avec seulement le toucher et l’ouïe pour en profiter ! En espérant qu’elle les apprécie toujours à l’avenir!

Découvrez le témoignage d’une famille sur la bibliothèque de leur Agathe, non-voyante elle aussi.

Lire aussi le témoignage de Jeanne, devenue déficiente visuelle à 2 ans, qui vous raconte avec sa maman son parcours de dévoreuse de livres.

Notre article sur les maisons d’éditions adaptées pour les enfants déficients visuels.

Des livres pour parler des couleurs avec des enfants déficients visuels.

Evoquer les couleurs quand son enfant ne voit pas ou voit mal, cela peut interroger… Comment partager, transmettre une couleur ?
Deux auteurs de littérature jeunesse ont tenté ce pari : décrire des couleurs à des enfants aveugles:

  • Le livre noir des couleurs. Menena Cottin. Rosana Faria. Rue du Monde. 2007.
  • Au-delà des couleurs. Dtory. Editions Circonflexe.

Les deux livres ont fait le choix de faire vivre les couleurs sous le signe des autres sens : odorat, goût, son.

« Le livre noir des couleurs »

Page de couverture du livre noir des couleurs

Dans le livre noir des couleurs, Thomas décrit chaque sensation liée à une couleur, nous pouvons imaginer que ce héros ne voit pas, mais cela n’est pas écrit.
Ainsi le vert va faire écho à l’odeur de l’herbe coupée, et le goût de la menthe.

Le livre est entièrement noir, ainsi que le braille tout en haut de la page gauche. Le texte est en dessous en blanc, taille 20. Ce choix est une volonté de mise en situation du lecteur. Pour le voyant comme le non-voyant l’illustration prend sens par l’image en relief.

Page intérieure du livre noir des couleurs qui décrit la couleur rouge

Si le pari est intéressant et judicieux, la technique de mise en relief ne permet pas une  découverte pour le lecteur aveugle, il n’est pas assez marqué, il est très difficile d’analyser le dessin proposé comme le braille est difficilement lisible. Pour un lecteur malvoyant, le relief noir brillant sur une page noire mat, ne permet pas non plus que le dessin prenne sens. Les photos ne rendent pas vraiment l’effet souhaité… Illustration en relief noir sur fond noir d'une fraise dans le livre noir des couleurs

« Au-delà des couleurs »

Page de couverture du livre

Dans le livre « Au-delà des couleurs », l’autrice coréenne a travaillé auprès d’enfants déficients visuels. Elle est partie de son expérience pour transmettre les sensations liées aux couleurs.
C’est ainsi le feu qui va s’associer cette fois à la couleur rouge. Le livre ne propose pas d’approche tactile. Sur la double page, est présent un dessin dans les tonalités grises. Sur une bande à droite de la double page, un nuancier présente les différentes tonalités de la couleur décrite.

Pour les enfants aveugles, l’intérêt sera dans la description de la couleur, de la saveur ou du son associé. Cela peut être un bon support d’échange entre parent et enfant, mais aussi pourquoi pas entre enfants… Et ainsi permettre de définir ensemble une culture commune des « propriétés » d’une couleur.

Pour les enfants malvoyants, l’intérêt sera le même car le manque de contraste dans l’illustration comme dans le nuancier rendra le livre difficile à découvrir seul..

A savoir : l’auteur a une culture différente, et cela peut se ressentir dans son descriptif de la couleur. Le jaune est associé à la limonade acidulée avec un dessin de citrons… La limonade ne se définit pas dans tous les pays du monde de la même façon, et en France elle peut paraître plus sucrée qu’acide, plus blanche que jaune…

 

 

 

Les deux livres ont une approche très poétique et esthétique et peuvent surtout être utilisés avec des enfants voyants pour les amener à réfléchir et à se mettre à la place de leurs camarades qui eux ne voient pas. Les choix faits ne permettent pas une réelle adaptation pour des enfants aveugles ou malvoyants, mais peuvent être un support de réflexion pour les adultes.

Ces livres ont été édités il y a longtemps maintenant, et peuvent être difficiles à trouver. N’oubliez pas votre bibliothèque de quartier qui peut les avoir dans son fonds.
Des centres plus spécifiques peuvent les en avoir en prêt.
Merci à Aude du centre de documentation de l’Equipe relais handicap rares Auvergne Rhône-Alpes – ERHR RA pour la découverte et le prêt.

Edit du 13 février 2024 :

Un nouveau titre à ajouter à cette liste. Un album plus confidentiel qui date de 2005 que l’on peut toujours trouver à l’achat.

Thierry Maricourt, Tatjana Mai-Wyss. Les couleurs retrouvées. Editions points de suspension. 2005.
Un album dans la veine des précédents où l’héroïne évoque les sensations et ressentis associés à une couleur. Entourée de ses deux frères, les couleurs se vivent au rythme de ses explorations et de son quotidien. Nous découvrons au fil des pages qu’elle est aveugle et qu’elle porte en elle sa « propre lumière ».
Cet album pourra lui aussi enrichir votre palette de définition des couleurs mais ses très belles illustrations avec des montages en papier découpé ne seront pas accessibles à nos enfants qui voient mal ou pas du tout.

 

LIBD: L’image au bout des doigts

LIBD: L’image au bout des doigts

Logo de l'association LIBD

L’image au bout des doigts – LIBD est une association dont l’objectif est de promouvoir l’image tactile.
Ils ont donc créé plusieurs livres graphiques en relief accessibles aux enfants déficients visuels.

Notre monde est aujourd’hui saturé de visuels sous toutes leurs formes. De nombreux supports de communications, d’ouvrages scientifiques, de loisirs s’appuient sur des images pour illustrer des propos mais aussi pour donner directement de l’information, ou apporter un point de vue plus ludique et attractif sur le texte. Les enfants aveugles ou malvoyants peuvent ainsi être privés de nombreuses informations.

L’association LIBD s’est engagé depuis 2015 dans la promotion de l’image tactile en relief grâce à la technique du gaufrage. Ils se sont lancés dans la création de bandes dessinées et de livres illustrés. Quatre ouvrages sont désormais disponibles :

  • Poursuite en ville
  • Le jardin du Ninja
  • Le messager du Louvre
  • La semaine du panda

La bande dessinée est un style littéraire très difficilement accessible aux enfants déficients visuels, ils peuvent grâce à ces ouvrages les découvrir désormais.

couverture du livre illustré pour enfants aveugles

Notre coup de cœur

Le messager du Louvre, cette bande dessinée qui s’adresse aux ados recèle une énigme qu’il faut résoudre ! Les adolescents aveugles n’ont souvent accès à l’illustration en relief que dans le cadre scolaire, c’est un vrai bonus que de le proposer dans la lecture loisir…

 

 

 

Un grand plus

Ces ouvrages sont aussi totalement accessibles aux voyants, ils sont en braille et en grand caractère, tout comme les visuels sont aussi en relief et en couleurs contrastés.
C’est un vrai support pour un moment de partage entre frères et sœurs, ou entre adulte voyant ou presbyte et les enfants ou petits-enfants !

Des ateliers pour tous

LIBD propose aussi des ateliers de lecture en relief, vous pourrez les rencontrer sur certains événements de l’ANPEA, notamment prochainement le 11 Juin 2022 à Paris, venez les rencontrer et nous rencontrer !

Ces ateliers peuvent réunir voyants et non voyants autour de cette découverte. Ils peuvent alors être un lieu d’apprentissage pour les personnes déficientes visuelles à décrypter ce qui est ressenti sous les doigts et un lieu de sensibilisation pour les autres…

Des partenariats

Cette association a été initiée par le Lions Club d’Antony. Les Lions club ont historiquement souvent soutenus des projets dans le champ de la déficience visuelle.

L’association a aussi de nombreux partenaires qui lui permettent de mener ses projets : l’INJA, La cité des sciences et de l’industrie, l’Ins-Hea, l’Institut de la vision, l’Association Valentin Haüy, la ligue Braille, le collectif Toko Moko, et Laville Imprimerie.

Un manga en relief « Le Totem des chimères » est disponible sur le site de LIBD. Le bon de commande doit etre téléchargé en ligne. 

 

Dessin en relief d'un personnage de manga avec deux mains en train de le parcourir

L’interview de Véronique Morra : la lecture, un temps de complicité

Véronique a travaillé dans plusieurs structures auprès d’enfants aveugles ou malvoyants à Lyon. Elle a été une des animatrices du projet Prélecture, langage et Représentations tout comme Christine Lyneel à Montpellier. C’est à son tour de se prêter au jeu des questions après Régine Michel, au sujet de ce projet qui a soutenu les enfants déficients visuels dans l’accès à l’écrit et au livre.

Pouvez-vous présenter ?

Je m’appelle Véronique Morra, je travaille en qualité de psychologue à Lyon depuis 2002 auprès des familles ayant des enfants en situation de déficience visuelle au sein des PEP 69.

J’ai une formation initiale en psychologie du développement. Mon sujet principal d’intérêt au cours de mes études était l’entrée dans les apprentissages premiers chez l’enfant. Je me suis donc particulièrement intéressée à tous les prérequis qui permettent d’entrer dans l’écrit, et les conséquences des différents troubles du développement. J’ai eu ensuite l’opportunité de travailler auprès des enfants en situation de déficience visuelle.

Parlez-nous du projet Pré-lecture, Langage, Représentations (PLR) pour les enfants déficients visuels…

L’écrit est un outil complexe. Ce n’est pas une simple trace de la parole et un simple exercice de correspondances entre les sons et la parole (phonèmes/graphèmes et règles orthographiques). Pour cette dimension de l’apprentissage de l’écrit, le braille remplace parfaitement l’écriture manuelle à l’encre ou la frappe sur un clavier.

L’écrit permet de communiquer à distance dans l’espace et dans le temps. Il permet également de décharger la mémoire, garder les traces des apprentissages et contribuent réellement à la structuration de la pensée. Il autorise la permanence du savoir et la mise à distance, donc facilite la réflexion métacognitive. Mais pour cela, son usage requière tout un tas de connaissances et savoir-faire transmis implicitement par les pratiques familiales et sociales, ce qui expliquent en partie les difficultés de certains enfants.

Le défi pour les enfants malvoyants et non-voyants est  d’acquérir tous les apprentissages implicites que les enfants acquièrent par l’observation visuelle des pratiques mais aussi l’implicite des textes car les mots n’expliquent jamais entièrement la pensée et l’entièreté d’un concept.

Pour développer le langage, les concepts et l’écrit, la littérature jeunesse est un support essentiel pour tous les enfants. Les images qui illustrent les histoires donnent des informations que souvent le texte ne précise pas. Elles aident à comprendre les notions d’implicite et illustre en partie les concepts. Or les images sont souvent inaccessibles.

En cherchant des références autour de la littérature jeunesse et des enfants en situation de déficiences visuelles, je suis tombée sur un article de Régine Michel sur le site de la Fédération des aveugles et amblyopes de France (FAF) qui avait lancé le projet européen Comenius. Elle recherchait des établissements partenaires pour ce projet. Nous les avons rencontrés avec Carole Malet, directrice du CTRDV. J’ai été invité à participer aux journées européennes qui sont tenues en Slovénie en 2012 puis en Irlande en 2013. Chaque pays présentait son travail autour de l’histoire « la très petite poupée » de Marie-Hélène Delval. Quatre pays présentaient des adaptations d’ouvrages, et deux pays présentaient les ateliers mis en place avec les parents autour d’albums jeunesse.

Suite à cette expérience, le CTRDV (Centre technique régional sur la déficience visuelle) / SAMS (Service d’action médico-social) se sont  intégrés à ce projet. J’ai suivi la formation proposée par la FAF avec trois autres professionnels (orthoptiste et orthophoniste). Dans le cadre de la formation, nous sommes repartis avec une malle de la « très petite poupée ». Cette malle était constituée du livre et de ses différentes adaptations, ainsi que d’objets en lien avec l’histoire.

Nous avons mis en place des ateliers avec les enfants, nous avons adapté l’outil à notre public et à nos objectifs. En effet, notre public était légèrement différent que celui initialement prévu : les enfants étaient plus grands, certains avaient des troubles d’apprentissage. Nous avons développé également une recherche action autour des interactions dans les ateliers pour enfants déficients visuels, interactions entre les enfants mais également entre les adultes et entre les enfants et les adultes. Nous avons également travaillé à une adaptation des images du livre pour qu’elles correspondent aux expériences vécues par les enfants lors des ateliers.

Aujourd’hui, quelles activités continuez-vous ?

Je ne travaille plus dans les mêmes structures des PEP mais je continue aujourd’hui à mener des ateliers au Camsp avec les enfants à partir des malles PLR. Nous en avons trois à disposition au sein de l’association : « Le panier de Lulu » et « la très petite poupée » « l’écharpe de Polochon ».

Actuellement nous  proposons des cycles sur 12 séances à un groupe de 4 à 5 enfants. Sur les trois dernières séances, nous fabriquons  les illustrations du livre avec les parents et les fratries, une séance se déroule au Tactilab.
Chaque année, nous nous adaptons aux enfants présents. En suivant toujours le principe des malles, nous nous appuyons sur de nouvelles histoires.

L’année dernière, nous avons voulu mettre d’avantage l’accent sur les habiletés sociales et la gestion émotionnelle. Nous nous sommes appuyés sur les livres « Arc-en-ciel » de Marcus Pfister (éditions NordSud). Nous avons fait beaucoup de bricolages et de manipulations, les enfants étaient déjà avancés dans l’apprentissage du langage et de l’écrit, nous avons pu faire beaucoup d’expérimentations.

Notre objectif aujourd’hui est de formaliser des séances pédagogiques autour d’outils faisant appel à la modalité auditive. La source sonore comme source de reconnaissance des propriétés des objets, l’enregistrement d’une séquence sonore d’un atelier comme objet de mémoire et de permanence d’un savoir, réflexions et manipulation des aspects non verbaux du langage … Il reste beaucoup à penser pour répondre aux besoins des enfants.

Une anecdote à partager autour de ces actions en direction des enfants aveugles ou malvoyants et le livre?

Nous disons souvent que les enfants présentant une problématique visuelle sont en situation de handicap. Mais dans les ateliers lorsqu’il s’agit de transmettre des connaissances et des savoirs faire sans pouvoir s’appuyer sur l’imitation visuelle, je me demande souvent qui se trouve le plus en situation de handicap ? C’est un excellent moyen de lâcher prise avec ses limites et ses peurs …

Quels enseignements avez-vous tiré de ce travail autour de la lecture pour les enfants déficients visuels ?

Dans n’importe quel moment, en fonction de l’endroit où nous focalisons notre attention, nous ne partageons pas tous les mêmes expériences perceptives. Ces différences de perceptions des situations sont souvent à l’origine d’incompréhension entre les individus, nous en avons rarement conscience.

Dans les ateliers, nous sommes obligés d’être attentif à l’expérience de l’autre, c’est extrêmement enrichissant.

La littérature jeunesse adaptée est vraiment un support riche et essentiel. C’est aussi un médiateur qui permet un travail pluridisciplinaire. Chaque professionnel peut y trouver un intérêt.  D’ailleurs dans chaque établissement utilisant les malles, les équipes étaient constituées de différents professionnels : orthoptiste, orthophoniste, éducateur, enseignant, psychomotricien, psychologue … Nous nous rencontrions lors de journées annuelles, et cela permettait d’échanger et d’enrichir les pratiques, nous repartions avec plein d’idées.

L’histoire et la mise en scène de l’histoire sollicite toutes les compétences nécessaires à la motivation et à l’apprentissage. Quelles que soient leurs difficultés, Je n’ai jamais rencontré d’enfants qui ne se sont pas intéressés d’une manière ou d’un autre à nos propositions.

Il est nécessaire de prendre le temps de laisser les enfants découvrir les livres et les objets, de respecter leur temporalité…

Un conseil à retenir pour les professionnels qui se lancent dans l’aventure des mots avec des enfants qui voient peu ou pas du tout ?

Etre au clair avec ses intentions et ses objectifs et ensuite laissez émerger sa créativité, et se laisser aussi porter par les enfants… C’est l’occasion de stimuler l’imagination de tous : enfants et adultes. Ces temps permettent de changer de regard sur les enfants… de voir tout ce qui est possible, ils sont surprenants !

et pour les parents ?

Partager un temps de lecture c’est un vrai moment de complicité. Compléter la lecture par des objets comme nous le faisons avec nos malles cela peut être une belle source de jeux. Cela permet la mise en scène de l’histoire, et son appropriation.

Proposer des pages blanches à  illustrer ensemble, créer les illustrations tactiles des histoires permet de laisser l’enfant être créatif, de se défaire des normes visuelles, d’échanger sur les représentations de chacun, même si ce n’est pas parfait, l’important c’est que la trace soit signifiante pour lui…

Les ressources

L’interview de Régine Michel
L’interview de Christine Lyneel
Comprendre le projet PLR, Prélecture Langage et Représentations
Le site du CTRDV, Centre technique régional sur la déficience visuel
Le site du CAMSP Déficience visuelle de Villeurbanne

Les livres adaptés

Marie Hélène Delval. La très petite poupée. Bayard jeunesse. 2009.
Kris Di Giacomo. Le panier de lulu. Editions Frimousse. 2008.
Catherine Metzmeyer. L’écharpe de Polochon. In Contes d’éléphanteaux, grenouilles, souris et compagnie. Bayard éditions.
Marcus Pfister. Arc-en-ciel. Editions Nord-sud.